Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02/11/2014

La conférence de Bruno Béthouart à lire et relire...

 

Après avoir lu la conclusion (ci-dessous) de la conférence donnée par Bruno Béthouart en mairie de Roubaix le 25 octobre dernier, vous pourrez lire et relire le texte du Professeur d'Histoire. Une contribution majeure à l'appréciation du lien entre André et Victor Diligent et Eugène Duthoit. Et au delà de leur attachement à l'enseignement social et aux Semaines sociales de France nées dans le sillage de la première grande encyclique sociale de Léon XIII.

 

maire.jpgNous devons dire ici un très grand merci à celui qui Préside les Amis d'André Diligent, Bruno Béthouart.

 

Conclusion

 

            Une grande cohérence existe dans la démarche intellectuelle et pratique de Victor Diligent et de son fils André : ils sont l’un et l’autre attachés à la République contrairement à d’autres catholiques toujours séduits par « l’union du trône et de l’autel ». Ils en apportent concrétement la démonstration : Victor reçoît dès 1914 la croix de guerre en récompense pour  son acte de bravoure au champ d’honneur  qui lui vaut une blessure ; André s’engage dans la Résistance auprès de Jean Catrice l’un des responsables du Comité départemental de Libération du Nord. Ils sont tout aussi profondément attachés à la doctrine sociale de l’Église, chacun dans leur style. Victor affiche sa foi catholique dans ses conférences, sa défense du Sillon et du syndicalisme chrétien, André intériorise davantage durant une longue carrière politique qui s’inscrit, pour partie, dans la période de « l’enfouissement » après le concile Vatican II, mais n’hésite pas à réaffirmer clairement ses convictions démocrates chrétiennes dans son livre testament La charrue et l’étoile en 2000.

 

            Les deux soutiennent et s’investissent dans tous les sens du terme dans les Semaines sociales de France autour  de la figure d’Eugène Duthoit, l’homme  qui incarne cette démarche intellectuelle et morale dans le Nord-Pas-de-Calais de 1904 à 1939, en tant que membre de la commission générale d’abord puis comme président durant l’entre-deux-guerres. Une exposition lui rend hommage lors de la session de 2014 à l’Université catholique de Lille sur la question cruciale du défi des technociences pour l’avenir de la condition humaine.  Cet attachement à la réflexion et aux propositions depuis 1904 sur les questions sociales de leur temps est une constante et la raison d’être de cette institution d’inspiration chrétienne qui a pesé sur la mise en place de dispositions sociales en France depuis le début du XXe siècle.  

 

Comme le confie Eugène Duthoit dans une correspondance au cœur de la Grande Guerre à Victor Diligent le 19 novembre 1916  au sujet d’Henri Lorin :

 

Plus on ira, plus je pense qu’on fera la part large, parmi les responsabilités  de la guerre, au régime économique, à ce matérialisme issu du laissez faire, laissez passer, notre ami l’avait prédit sans faiblesse. Que de fois je l’ai entendu répéter que la séparation  du régime économique avec toute notion chrétienne de la vie humaine conduirait le monde à une catastrophe ! […] Il faudra qu’après la guerre, mon cher ami, si le Bon Dieu nous prête vie, nous tâchions de monnayer ce riche lingot d’or un peu lourd peut-être pour ceux qui ne sont pas préparés. Il y a là des richesses que nous tâcherons d’offrir aux intelligences qui auront, de plus en plus, besoin d’une explication qui se tienne de leurs relations mutuelles et de leurs rapports avec les sociétés auxquelles la vie les rattache, y compris celle de l’ÉtatNe négligeons pas cette dernière qui, d’ailleurs, est en l’air sans le principe premier de l’unité du genre humain et de la fraternité humaine. 

Pour le père comme pour le fils Diligent, la doctrine sociale de l’Église, « experte en humanité » selon Paul VI[1] dans son encyclique Populorum Progressio,publié le jour de Pâques 1967,  a encore  des richesses à offrir aux intelligences mais aussi aux cœurs des « hommes de bonne volonté ».

                                     

                                                                                             Bruno Béthouart

 

 

27/10/2014

Une assemblée générale importante...

WP_006663.jpgAccueillis par le nouveau maire de Roubaix, Guillaume Delbar, les Amis d'André Diligent, ont tenu leur assemblée générale ordinaire dans la très belle salle Pierre de Roubaix, en présence de l'ancien maire, Pierre Dubois, d'élus de toutes tendances et des adhérents de l'association.

Le maire n'a pas caché son émotion tout en soulignant la proximité qu'il avait déjà avec l'association pour avoir participé aux journées d'étude annuelles. Il a parfaitement intégré que les Amis d'André Diligent reviennent chaque deux ans à Roubaix pour fouiller des sujets plus roubaisiens. Ce sera le cas en 2016 avec une journée complète consacrée à André Diligent, maire de Roubaix. Pierre Dubois a d'ailleurs insisté pour que cette journée n'oublie pas l'implication forte du maire de Roubaix de l'époque au Conseil National des Villes.

Le nouveau maire de Roubaix a rappelé une rencontre ancienne avec André Diligent, quasi-confidentielle, au cours de laquelle il avait raconté l'épopée de la conquête roubaisienne. Nul doute que cette rencontre a marqué celui qui est devenu 1er magistrat d'une ville qu'il sait difficile à piloter. Les Amis d'André Diligent ont rappelé que leur ambition n'était pas de cultiver la nostalgie mais bien de continuer de promouvoir la pensée, l'action et les valeurs d'un homme qui a tant donné à Roubaix.

WP_006661.jpgL'assemblée générale est toujours l'occasion pour les partenaires de l'association de présenter quelques actions. C'est ainsi que Jean-Pascal Vanhove, pour l'association hazebrouckoise Mémoire de l'Abbé Lemire, a pu rappeler que l'association édite deux fois l'an un bulletin de qualité. De quoi donner des idées à l'association des Amis d'André Diligent qui doit certainement mieux faire connaître ses actions.

A noter que la journée de 2017 se tiendra à Hazebrouck, il sera alors temps de revenir sur les relations de l'Abbé Lemire avec Victor Diligent, lequel a présidé sur Roubaix l'association des jardins ouvriers.

L'assemblée générale a également été l'occasion pour le Président Bruno Béthouart de faire voter les différents rapports : moral, d'activité, financier.

Partant de là, il ne restait plus qu'à entrer dans le vif du sujet d'une très belle conférence sur le thème: Les Diligent et les Semaines sociales de France. L'occasion pour l'historien de mettre en évidence les grandes périodes de l'itinérance des Semaines sociales...à retrouver ici:

http://actualiteduchristianismesocialennord-pas-de-calais...

WP_006665.jpg

La conférence de Bruno  Béthouart a été l'occasion de revenir sur les relations de Victor et André Diligent avec Eugène Duthoit, grande figure du catholicisme social, de surcroît né à Roubaix. Nous y reviendrons... 

17/10/2014

17 octobre 1994 / 17 octobre 2014 : 20 ans qu'André Diligent...

...avait inauguré la dalle contre la misère.

roubaix 17 octobre 2014.jpgMesdames, Messieurs, Chers habitants de Roubaix, Chers  militants des associations Roubaisiennes, tous membres de cette grande fraternité roubaisienne qu’affectionnait tant André Diligent,

Monsieur le Maire, Cher Guillaume, mais j’associe bien volontiers et si naturellement Pierre Dubois et René Vandierendonck, tous héritiers de cette manière d’être maire de Roubaix pleinement, passionnément, le plus souvent rageusement mais toujours avec une fierté, celle d’être Roubaisien. Roubaix avec ses tripes comme disait André Diligent.

 

Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur l’adjoint en charge des affaires sociales,

 

Messieurs le conseillers généraux, Renaud Tardy et Mehdi Massrour.

 

André Diligent n’aimait ni les hommages, ni les mondanités, ni les pince-fesses.

 

Par contre, il aimait rendre hommage aux personnes méritantes, aux vies ordinaires en apparence mais souvent si extraordinaires. Il aimait les gens, il aimait parler avec les gens, il était proche des gens. Il aimait les moments comme ceux-ci et quand il le pouvait, il venait à Roubaix le 17 octobre. C’était, je le crois, un jour aussi important pour lui, que Noël, dans le calendrier de l’année.

 

Si certains ont souhaité qu’un hommage soit aujourd’hui rendu à Monsieur André Diligent, qu’ils acceptent que du haut de son étoile, celui qui a été Maire de Roubaix pendant plus de 10 ans et parlementaire pendant 40 ans, continue d’encourager sincèrement celles et ceux qui tirent la charrue des combats si difficiles mais si nécessaires.

 

Je voudrais rappeler qu’André Diligent est le fils de Victor Diligent qui s’est littéralement tué à la tâche. Mort à 50 ans, on l’appelait à Roubaix l’avocat des pauvres. André Diligent avait 11 ans. Tout au long de sa vie, André Diligent a eu beaucoup de pudeur à parler de son père qu’il tenait en exemple.

 

André Diligent savait que cette phrase du Père Joseph Wresinski rappelée par Pascal Deren, du mouvement ATD Quart-Monde, était vraie : « La misère est l’oeuvre des hommes, nous pouvons la détruire ».

 

André Diligent était de toute une génération qui était convaincue que pour faire disparaitre la misère, il faut deux choses :

 

-         aider les personnes à se prendre en main

 

-         et un volontarisme assumé des pouvoirs publics.

 

André Diligent appartenait à cette catégorie de décideurs qui savaient que les deux vont de pair : subsidiarité et solidarité, et le tout au service d’une fraternité vécue.

Octobre 1994, c’est une période où André Diligent reprend du poil de la bête après de gros problèmes de santé, qui l’amènent à quitter malgré lui sa fonction de maire. En arrêtant, il s’est certainement donné quelques années de respiration supplémentaire, toujours au service de Roubaix.

 

Le 17 octobre 1994, il y a 20 ans jour pour jour, il est là, ici devant cette dalle, que l’on ne voit bien que si l’on s’arrête. Tout un symbole. 

 

Mais que de symboles puisque André Diligent est né à 100 mètres au 1 rue du Château, nous sommes devant la Médiathèque de Roubaix (Il a tant fait et avant d’autres pour la lecture publique), c’est là qu’est conservée une partie de sa mémoire puisque c’est là que sont classées ses archives et nous sommes à deux pas de cette mairie qu’il avait pris l’habitude de quitter toujours tardivement quand il était maire.

 

André Diligent avait annoncé le 17 octobre 1993 que la dalle qui désormais avait été posée à Berlin, Strasbourg, l’Ile de la Réunion, Genève, après Paris en 1987, le serait également à Roubaix. Et il avait dit sa fierté que cela puisse être fait.

 

Le 17 octobre 1994, il n’est plus maire mais la promesse faite est bien entendu tenue. Par un froid vif mais avec des mots qui venaient du cœur et du piano de Miguel Estrella, on se rassembla nombreux autour de cette plaque, rend compte le journal Nord-Eclair. Il est permis de penser que cette inauguration est certainement dans l’esprit d’André Diligent le dernier acte fort de ses mandats de maire de Roubaix. Je m’autorise à penser cela car dans le press-book aux archives, cet article de presse est tout simplement le dernier d’un dossier que vous devinez bien rempli (5 boites au moins).

 

Pour des raisons de santé, André Diligent a donc quitté ses fonctions de maire en 1994 mais comme Parlementaire de Roubaix, le sénateur Diligent ne lâche rien, jusqu’à sa disparition début 2002. Il répète que seul un concours massif de l’Etat pourra permettre de sortir du cercle vicieux du sous-développement.

 

Il saisit début septembre 1994 le Premier Ministre de l’époque en lui disant : On parle beaucoup de la lutte si nécessaire contre l’exclusion et je crois que l’occasion va vous être donnée de manifester avec éclat votre politique en ce domaine. Il se fait le porte-parole du PACT ARIM pour inviter officiellement le Premier Ministre au congrès national qui va se tenir à Roubaix fin octobre 1994.

 

En septembre 1994 toujours, il alerte Madame Simone Veil, Ministre des Affaires Sociales, de la Santé et de la Ville sur une réforme de l’APL qui suscite l’inquiétude. Et de se faire menaçant : l’accès au logement nécessite déjà le versement du dépôt de garantie, l’ouverture des compteurs, les dépenses de déménagement et d’installation. Si à cela s’ajoute la non prise en charge du premier mois de loyer, c’est l’accès même des familles défavorisées à un logement qui est en cause.

 

 Inutile de préciser que les missives de Diligent étaient lues dans les cabinets ministériels et je vous assure pour l’avoir vécu, Diligent ne laissait jamais repartir un Ministre de Roubaix, sans lui avoir montré les difficultés de la ville, lui avoir remis le dossier le plus complet possible. Ils respiraient, ses dossiers, une authenticité qui visait à toucher les esprits. Autant de flèches toujours finement aiguisées.

 

Il faut certainement redire ici qu’André Diligent avait connu l’Abbé Pierre sur les bancs de l’Assemblée Nationale entre 1958 et 1962, il avait connu le Père Wresinski et Geneviève De Gaulle Anthonioz. André Diligent écrit dans une lettre au Député-Maire de Noisy le Grand en 2000, qui lui avait adressé le disque « Je vais vous dire un secret » des 31 petits chanteurs en herbe de la cité de la promotion familiale d’ATD de Noisy-le-Grand, qu’il est touché par ce geste pour avoir bien connu le Père Joseph avec lequel il a œuvré plusieurs fois.

 

Vous savez que le camp de Noisy-le-Grand, créé par l’Abbé Pierre, le Père Wresinski le rejoint en 1956 pour résider avec les 252 familles. Il créé alors un mouvement marqué par le pluralisme des croyances et des convictions insistant sur le fait que pour refuser la misère, il faut réfléchir et agir autrement, en prenant en compte la pensée et l’expérience des plus pauvres. Cette démarche, André Diligent devait y adhérer à 300%, autant sur le pluralisme des croyances et des convictions à marier que sur la place à donner à la pensée et l’expérience des plus démunis.

 

Quand à Geneviève De Gaulle Anthonioz qui présidera pendant plus de 30 ans ATD, André Diligent partageait avec elle, l’esprit de résistance. Elle qui voit la souffrance à Noisy le Grand revoit celle qu’elle et bien d’autres ont vécu dans les camps de la mort pendant la seconde guerre mondiale et elle et décide de s’engager avec le Père Joseph.

 

Ce que je voudrais dire mais vous le savez, c’est que pour André Diligent, les mots avaient un sens, le combat une direction. Jusqu’à la fin de sa vie, il s’est battu pour la dignité humaine, avec des paroles et des actes.

 

J’ai repris les archives qui objectivent une pensée : c’est dans le champ social que le Sénateur Diligent continue d’interpeller les différents Ministres. En mai 2001, il attire l’attention de la secrétaire d’Etat au logement sur les derniers chiffres fournis par la fondation Abbé Pierre. En 2000 assène-t-il, la construction de 70.000 logements sociaux étaient prévus, 43.000 seulement ont été réalisés. Il insiste pour savoir comment le gouvernement entend relancer le programme pour tenir ses promesses.

 

C’est l’époque où André Diligent n’arrête pas d’attirer l’attention sur le sort des associations intermédiaires comme ESPOIR à Roubaix. L’administration ne comprend pas toujours et quand elle met en place des dispositions injustes, l’avocat Diligent sort du bois. Et il ne lâche rien car c’est la dignité des personnes qui est en jeu.

 

Je voudrais pour conclure partager avec vous une conviction. J’étais l’autre soir avec Stéphanie Lamarche Palmier devant François Soulage, ancien Président du Secours Catholique et nouveau président du collectif ALERTE. Il insistait sur la nécessité de continuer de s’intéresser à CELUI qui est tout simplement menacé de disparaitre. Et de se faire interrogatif sur une notion de solidarité…en berne : on ne peut pas déléguer la notion du service du frère soulignait-il. Face à la dérive des mots, on reparlera de fraternité.

 

J’espère avoir réussi à vous redire qu’André Diligent n’était finalement attaché qu’à cela, la Fraternité vécue, à vivre, à proposer. Que c’était le combat de sa vie mais qu’il n’était qu’un héritier et qu’il fallait continuer le combat. Sa définition de la démocratie n’était pas simpliste car elle était précieuse. Il en rappelle tous les enjeux dans son dernier livre : La charrue et l’Etoile, un livre pour passer le témoin avait-il dit. La démocratie « C’est l’organisation politique et sociale qui tend à développer au maximum la conscience et la responsabilité de chacun, en lui permettant dans la mesure de ses capacités et de ses forces, de prendre une part effective à la direction des affaires communes ».

 

Et il disait à qui voulait ne pas l’entendre de cette oreille que c’était là tout sauf une utopie. Et il rappelait que c’était grâce à cette définition que cette grande cause qu’était l’Europe avait pu avancer et que s’agissant du combat si difficile pour plus de justice et moins de misère, si le combat ne sera jamais terminé, le combat donne à nombre de nos concitoyens une mauvaise conscience indispensable…

 

Vous êtes tous, habitants et membres de différents mouvements, ATD, le Secours Populaire, le Secours Catholique, Emmaüs, la Fondation Abbé Pierre, l’Université Populaire et Citoyenne, Amitié Partage, Restos du cœur, GADE, acteurs du CCAS de Roubaix (dont est issu l’actuel Ministre de la Jeunesse et de la Ville) des acteurs de cette prise de conscience là. Le programme bâti l’atteste, la foi mise dans cet événement et les projets à venir, le prouvent.

 

J’ai indiqué que les archives de Monsieur Diligent étaient ici face à vous, son étoile quelque part là-bas, sa charrue ici à Roubaix. André Diligent aimait bien Maxence Van Der Meersch, d’ailleurs leurs archives sont réunies aujourd’hui. Je salue le travail remarquable d’Esther de Climmer et de ses équipes.

 

André Diligent qui aimait cultiver l’optimisme vous aurait peut-être dit avec Maxence Van Der Meersch, pour qui la richesse était dans l’homme, que « s’il ne croit plus qu’il puisse sauver ses frères, l’homme est perdu ». André Diligent, qui a connu tant d’épreuves personnelles dans sa vie, a attesté que l’homme n’est jamais perdu et que la fraternité est certainement le mot le plus important de la devise républicaine.

 

A vous de continuer à tirer la charrue en fixant les étoiles.

Denis Vinckier